Pilules-performances, pilules-fêtes, potions magiques ? L’ecstasy est de plus en plus répandue dans le monde. Le point sur des pilules chimiques dont les dangers ont été sous-estimés.

L’apparition massive de l’ecstasy est notamment associée à l’émergence du mouvement musical techno et à l’organisation de party rave. Au cours d’une soirée, l’usager peut danser de façon continue et répétitive pendant des heures. Aujourd’hui, ce produit est consommé dans d’autres lieux festifs tels que les boîtes de nuit, les bars, etc.

 


L’ecstasy, qu’est-ce que c’est ?

L’ecstasy désigne à l’origine une molécule chimique particulière, la MDMA (3,4 méthylènedioxyméthamphétamine), responsable des effets psychoactifs du produit.

La composition d’un comprimé présenté comme étant de l’ecstasy est souvent incertaine. La molécule MDMA n’est pas toujours présente ou peut être mélangée à d’autres substances : amphétamines (amphétamine, méthamphétamine), hallucinogènes (LSD, PCP, kétamine, nexus, PMA (paraméthoxyamphétamine), etc.), autres stimulants (caféine, éphédrine), anabolisants ou analgésique (aspirine). L’ecstasy peut également être coupée avec de l’amidon, des détergents, du savon... !


À quoi ça ressemble ?

L’ecstasy se présente généralement sous la forme de comprimés de couleurs et de formes diverses où sont souvent gravés des motifs variés (cœur, étoile, papillon, trèfle, etc.). Ces sigles ne garantissent pas la qualité et la pureté du produit. La MDMA est principalement administrée par voie orale. Dans certains cas, elle est prisée, fumée ou injectée par voie intraveineuse. Les doses de MDMA peuvent varier de 12 à 131 mg par comprimé, entraînant de ce fait des différences appréciables au niveau des effets du produit.

L'ecstasy fait partie d'une nouvelle série de substances apparues avec l'évolution de la chimie : les nouvelles drogues.


Effets et dangers de l’ecstasy

L’ecstasy est le prototype des hallucinogènes stimulants, c’est-à-dire des psychotropes ayant à la fois des effets hallucinogènes et stimulants. Bien qu’elle fasse partie des perturbateurs du système nerveux central pour ses effets hallucinogènes, la MDMA est un dérivé des amphétamines qui se caractérisent par leurs propriétés stimulantes.

Les effets stimulants prédominent dans l’ecstasy et provoquent une excitation, accompagnée d’un sentiment de puissance physique et mentale, ainsi que d’une suppression de la fatigue, de la faim et de la douleur. Ses effets hallucinogènes sont relativement faibles et ne se produisent généralement qu’à des doses élevées.

L’ecstasy provoque tout d’abord une légère anxiété, une augmentation de la tension artérielle, une accélération du rythme cardiaque et la contraction des muscles de la mâchoire ; la peau devient moite, la bouche sèche. Par la suite, l’usager ressent une sensation de bien-être et de satisfaction (euphorie), une relaxation, une réduction de la sensation de fatigue, une confiance en soi et une diminution de ses inhibitions. Ceci s’accompagne d’une exacerbation des sens, d’une facilitation de l’expression des émotions et d’une plus grande communication avec autrui.

Dans un contexte permettant les échanges verbaux, le consommateur éprouve une sensation de liberté dans ses relations interpersonnelles et a l’impression de se comprendre et d’accepter les autres. Il manifeste une aptitude accrue à l’introspection et à voir clair en soi (effet entactogène), ainsi que la capacité de se mettre à la place des autres et comprendre ce qu’ils ressentent (effet empathogène).

Cette phase de sensations agréables est généralement suivie d’une phase où l’individu devient fatigué, triste, déprimé et de mauvaise humeur. Elle peut s’accompagner de cauchemars et d’états de panique. Il arrive que l’usager ressente des états d’anxiété ou que son état dépressif nécessite une consultation médicale, trois ou quatre jours après la consommation.

Une consommation régulière et fréquente amène certains usagers à maigrir et à s’affaiblir ; l’humeur devient instable, entraînant parfois des comportements agressifs. Cette consommation peut révéler ou entraîner des troubles psychologiques sévères et durables.


L’usage de l’ecstasy provoque une déshydratation de l’organisme et une hausse de la température, d’où la nécessité de maintenir une hydratation suffisante et de s’aérer, si le consommateur se trouve dans une ambiance surchauffée et fait un effort physique intense. Il est important de boire régulièrement de petites quantités de liquide, d’uriner fréquemment et de prendre des périodes de repos régulières.
 
L’ecstasy peut entraîner des accélérations et des arythmies cardiaques, de l’hypertension artérielle et divers troubles cardiovasculaires. Ces problèmes peuvent être sérieux chez les personnes prédisposées. L’ecstasy peut aussi induire des hépatites, parfois très graves, chez les usagers réguliers.
 
En cas d’association de l’ecstasy avec d’autres substances, les effets indésirables peuvent être accrus.
Les risques de complications semblent augmenter avec la dose, la composition du produit et la vulnérabilité de l’usager.
 
Les personnes qui suivent un traitement médical s’exposent à des effets dangereux, à cause des interactions médicamenteuses qui risquent de se produire, notamment avec le sildénafil (Viagra®), certains médicaments contre le sida et certains antidépresseurs.
 
La consommation d’ecstasy est particulièrement dangereuse pour les personnes qui souffrent de troubles du rythme cardiaque, d’asthme, d’épilepsie, de problèmes rénaux, de diabète, d’asthénie (fatigue) et de problèmes psychologiques.


La toxicité neurologique de l’ecstasy est actuellement évaluée chez l’humain.

Les travaux scientifiques, principalement réalisés chez l’animal (en particulier les primates), démontrent une dégénérescence des cellules nerveuses, en particulier des neurones à dopamine et à sérotonine. Ces atteintes cérébrales peuvent accroître les risques de développer des affections neuropsychiatriques impliquant une déficience en dopamine ou en sérotonine. Ces effets pourraient ne se manifester chez l’humain que plusieurs années après la consommation d’ecstasy.

La consommation d’ecstasy pourrait entraîner à long terme
des maladies dégénératives du système nerveux central ou des troubles pouvant entraîner, entre autres, une dépression.

Des études suggèrent que les humains qui consomment des doses répétées de MDMA dans un court laps de temps, par exemple trois doses à trois heures d’intervalle chacune, présentent un risque élevé de développer des lésions neuronales dopaminergiques sévères et une neurotoxicité sérotoninergique significative. Cette neurotoxicité pourrait être irréversible.


Ecstasy et dépendance

La tolérance à l’ecstasy semble se manifester rapidement. Ainsi, avec une consommation répétée de la substance, il devient difficile, voire impossible, de ressentir ses effets initiaux.

Chez certains usagers, l’ecstasy peut provoquer une dépendance psychologique. En ce qui concerne la dépendance physique, les appréciations varient selon les experts. Compte tenu du fait que la majorité des consommateurs prennent cette drogue de façon sporadique, la dépendance est peu marquée. Très peu de cas de dépendance spécifique à l’ecstasy sont rapportés dans la littérature. Les problèmes proviennent surtout de la consommation de doses importantes lors d’une même occasion.


Les drogues de synthèse et drogues d’aujourd’hui

L’ecstasy fait partie d’une nouvelle série de substances apparues avec l’évolution de la chimie : les nouvelles drogues.

Ces drogues de synthèse, appelées designer drugs, sont fabriquées par des chimistes dans des laboratoires clandestins. Pour éviter de tomber sous le coup de la loi, ces trafiquants créent des nouveaux produits en modifiant les molécules, d’où l’arrivée sur le marché de ces nouvelles drogues. La modification de la formule chimique de ces produits permet d’obtenir une nouvelle molécule avec des propriétés semblables, nouvelles ou supplémentaires.

La production illicite d’ecstasy vient principalement d’Europe. Cependant, depuis peu, des laboratoires clandestins se développent en Amérique du Nord, notamment au Québec.


La MDMA a été synthétisée par les laboratoires pharmaceutiques Merck en 1912, afin de produire un nouvel anorexigène. Elle a aussi été utilisée dans un but militaire : il s’agissait d’amplifier certains effets des amphétamines.

L’ecstasy n’a jamais obtenu d’autorisation de mise en marché. Au cours des années 1970 et 1980, elle a été étudiée comme adjuvant à la psychothérapie en remplacement du LSD. À partir des années 1970, aux États-Unis et plus récemment en Europe et au Canada, l’ecstasy est utilisée à des fins récréatives lors de soirées de musique techno et de party rave.

De nos jours, l’ecstasy demeure une molécule très controversée. Certains psychologues croient qu’elle peut être un adjuvant à la psychothérapie pour aider certaines personnes à exprimer leurs émotions, particulièrement les individus qui souffrent de stress post traumatique. Ainsi, des essais cliniques sont actuellement conduits aux États-Unis, en Espagne et en Israël en lien avec cette application possible du produit.


Les chiffres de notre réalité

Depuis une dizaine d’années, on assiste au Québec et au Canada à une augmentation de la consommation d’ecstasy.
 

Selon une étude conduite en 2002 auprès de 210 répondants dans des party rave à Montréal, 65 % des personnes interrogées affirment avoir déjà consommé de la MDMA au cours de leur vie et 53,2 % au cours des trente jours précédant l’enquête, ce qui classe cette substance en quatrième position des drogues les plus consommées pour cette période après l’alcool, le cannabis et les amphétamines.
 

En 1998, 1,3 % des Québécois âgés de 15 ans et plus ont consommé de l’ecstasy ou d’autres amphétamines au cours de l’année précédente.
 

Une étude canadienne réalisée en 1998 auprès de 7 800 étudiants du premier cycle universitaire rapporte que 4,2 % d’entre eux ont déclaré avoir fait usage de la MDMA au cours de leur vie et que 2,4 % l’avait fait dans l’année précédant l’enquête.
 


Que prévoit la loi ?

L’ecstasy est inscrite à l’annexe III de la Loi réglementant certaines drogues et autres subs­tances.

La possession, le trafic, la possession en vue d’en faire le trafic, la production, l’importation et l’exportation sont illégaux.

Au Canada, la GRC saisissait, en 1998, 69 000 comprimés d’ecstasy. En 2000, elle en saisissait 1,2 million et en 2002, 1,9 million (dont 650 000 au Québec).
 

En 2002, trois laboratoires clandestins de MDMA on été démantelés au Québec par la Gendarmerie royale du Canada dont un ayant une capacité de production de 3 000 comprimés par jour et un autre de 150 000 tablettes par semaine.