Utilisée comme traitement de substitution à l’héroïne, la méthadone nécessite un support médical adéquat.


La méthadone, qu’est-ce que c’est ?

La méthadone est une substance synthétique de la famille des opiacés qui agit sur les mêmes récepteurs que la morphine et l’héroïne. Elle manifeste des propriétés analgésiques aussi puissantes que la morphine. Elle est employée essentiellement comme traitement de substitution chez les héroïnomanes dépendants : la méthadone a des propriétés comparables à l’héroïne, mais elle présente un profil pharmacologique plus avantageux. Ce transfert de dépendance permet de stabiliser le patient et facilite sa réadaptation.


À quoi ça ressemble ?

La méthadone (Metadol®) est disponible au Canada sous forme de comprimés ou de solution orale.


La méthadone est une substance synthétique
de la famille des opiacés.


Effets de la méthadone

Une dose thérapeutique adéquate de méthadone est très peu euphorisante pour l’héroïnomane et permet un sevrage plus confortable. Les réactions indésirables les plus fréquentes sont la transpiration excessive (48 %), la diminution de la libido (22 %), la constipation (17 %) et les troubles du sommeil (16 %).

Chez la femme enceinte, bien que comportant certains risques pour le fœtus, l’usage de la méthadone est nettement plus sécuritaire que la prise d’héroïne ou le sevrage pendant la grossesse.


Traitement à la méthadone

Les modalités de sevrage à la méthadone dépendent du patient et de l’équipe médicale qui le soigne.

Du fait de sa longue durée d’action, la méthadone est normalement administrée une seule fois par jour dans le traitement des héroïnomanes dépendants. Ses symptômes de sevrage sont beaucoup moins intenses, mais de plus longue durée que l’héroïne. Le traitement d’entretien à la méthadone est habituellement envisagé à long terme. La durée de la thérapie varie d’un à deux ans, mais peut même atteindre des périodes beaucoup plus longues, pouvant parfois aller jusqu’à vingt ans ou plus.

Les doses initiales de méthadone suggérées sont de 20 à 30 mg/jour, mais peuvent être augmentées de 10 mg par semaine chez les personnes souffrant de sevrage. La prise de doses de méthadone supérieures à 60 mg/jour atténue aussi l’euphorie et les sensations agréables provoquées par l’injection d’héroïne. Au Québec, la dose de maintien ne dépasse généralement pas 100 mg/jour.

Le traitement à la méthadone doit être interrompu progressivement, en diminuant la dose, d’abord de 5 mg/jour tous les 15 jours jusqu’à la réduction de la moitié de la dose initiale, puis par paliers de 2 mg/jour tous les 15 jours.
Il s’agit actuellement du traitement le plus efficace
contre la dépendance aux opiacés.


Dangers de la méthadone

La méthadone disponible sur le marché noir peut être adultérée et présenter un danger pour le consommateur. En l’absence de contrôles de qualité rigoureux et d’un support médical adéquat, son usage inapproprié peut conduire à des risques sanitaires sérieux, à une intoxication de type opiacé et à un surdosage pouvant même être mortel.

La prise simultanée de benzodiazépines et de méthadone lors de traitements de substitution de l’héroïne est reliée à un risque accru de dépression respiratoire, pouvant entraîner la mort.

La méthadone est bénéfique pour plusieurs patients mais les échecs et les rechutes sont fréquents. Lors d’une réduction graduelle des doses de méthadone jusqu’à l’abstinence complète, plusieurs personnes peuvent ressentir, pendant un ou deux ans, un désir obsédant très marqué pour l’héroïne ou un autre opiacé quand les doses sont inférieures à une certaine quantité. Étant donné que le risque de rechute est élevé chez ces patients, un traitement à la méthadone à long terme est souvent indiqué.

Il n’existe pas d’indicateurs très fiables permettant de prédire les chances de réussite d’un traitement à la méthadone. Afin de maximiser les bienfaits et les probabilités de succès, la thérapie doit être associée à un encadrement rigoureux du patient par divers professionnels de la santé et des services sociaux.


La méthadone, initialement appelée aldophine, a été synthétisée pour la première fois par des chimistes allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale, puis baptisée de ce nom en 1946.

Elle est employée pour la première fois au Canada dans les traitements de désintoxication par Halliday au cours des années 1960. Au début de ces années, Dole et Nyswander, respectivement médecin et psychiatre américains, constatent les effets bénéfiques de la méthadone prise par voie orale lors de traitements de sevrage et de réadaptation des
opiomanes.

Les succès indéniables de cette approche, confirmés par plusieurs autres études scientifiques, conduisent à la mise en place de programmes similaires dans d’autres pays au cours des années 1960 (Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède), 1970 (Finlande, Italie, Luxembourg et Portugal), 1980 (Autriche et Espagne) et 1990 (Allemagne, France, Grèce et Irlande).

Au Québec, le Centre de recherche et d’aide aux narcomanes (CRAN) est un pionnier dans les traitements de la dépendance à l’héroïne et les thérapies de substitution à la méthadone.


Méthadone et dépendance

Les individus sous traitement à la méthadone développent une tolérance à certains de ses effets et peuvent manifester certains symptômes de sevrage s’ils ne prennent pas régulièrement leur dose. Cependant, la méthadone n’est pas vraiment considérée comme une substance qui crée l’accoutumance au plein sens du terme, si l’on tient compte de son mode d’utilisation et des motifs de son usage.


Les chiffres de notre réalité

D’après le Service d’appui pour la méthadone (SAM), 1 795 personnes bénéficiaient d’un traitement à la méthadone au Québec en février 2002.
 

À Montréal, chez les jeunes de la rue, 8 % déclarent avoir consommé de la méthadone au cours de leur vie.


Que prévoit la loi ?

La méthadone est inscrite à l’annexe I de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Elle est disponible légalement, pour un usage médical en quantités limitées, sous forme de poudre soluble administrée par voie orale.