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Chalsi
21/07/2015, 16h35
J'ai écrit ce texte un peu avant que ma fille entre en thérapie. Je vous le présente.


Le Roi Alcool et la Reine Drogue régnaient dans leur pays avec une poigne de fer. Chaque habitant les vénérait comme les grands monarques qu'ils étaient. Leur fils, le Prince Jeu, amusait tout ce beau monde.

Le Roi et la Reine s'adressaient à leur nation quotidiennement. Le message étaient toujours le même. " Mes amis, mes enfants, ne laissez personne vous dicter votre conduite. Votre famille est ici, avec nous. Trouvez toujours un moyen de revenir vers nous".

Des cours variés étaient offerts par le Roi et la Reine, et ce, sans débourser un sous. Le plus prisé, était sans doute celui de l'art de la manipulation, suivait le mensonge extrême, le comment voler sans se faire prendre avait aussi beaucoup de succès. Frauder n'est pas voler était rempli d'adeptes également.

Aucune règle ne régissait ce beau pays. Tous pouvaient y venir, peut importait leur âge; sauf Madame Lucidité, non cette dame n'était pas la bienvenue. Elle arrivait cependant à se faufiler à travers les gardes et à entrer en communication avec certains habitants. Certains l'écoutaient et voulaient la suivre, mais souvent les gardes les arrêtaient de justesse. Certains ne comprenaient pas le langage de cette femme et d'autres l'ignoraient totalement.

Dans ce pays de rêve, les plantes regorgeaient de drogues de toutes sortes. Une belle usine à fabrication de pilules fonctionnait 24 heures sur 24. Pour honorer le Roi, des fontaines d'alcool étaient installées un peu partout dans les parcs. Les maisons de jeux étaient éclairées de milliers de lumières scintillantes. Le pays était prospère.
Les gens venaient de partout pour y passer du bon temps. Ils quittaient souvent leurs amis, leur famille et même leurs enfants. Le droit au bonheur, à un peu de paix d'esprit et à la liberté n'avait pas de prix.

Le Roi et la Reine étaient très généreux; envers les plus jeunes surtout. Ils leurs offraient de petits joints tout à fait gratuitement. Ces jeunes goûtaient enfin à la paix et la liberté tellement recherchées. Évidemment, les autres devaient payer, aucun pays ne peut survivre sans argent.

Le pays était divisé en plusieurs lots. Une hiérarchie bien établie y était installée. Tous pouvaient avoir de l'avancement. Avec le temps, chaque personne pouvait changer de lot. Par exemple: Il y avait le lot numéro 1, marijuana et pote, le lot 2, pilules, le lot 3 cocaïne, le lot 4 héroïne, le lot 5 était une piquerie. Le lot 6 était pour ceux qui avaient perdu leur emploi et pour ceux qui fuyaient les créanciers. Il n'y avait pas de numéro sur le lot du Prince Jeu ni sur le lot de la prostitution ni celui du prêt sur gage. Le lot solitude était toujours bien rempli, tout comme le lot des dépressions; quand il y avait trop de monde dans celui-ci, le peuple était dirigé vers le lot du suicide. Il fallait bien faire de la place.

Pas de prison dans ce pays, ni de Loi, ni d'hôpital. Pour ceux qui faisaient du grabuge ou qui étaient malades, ils étaient renvoyés dans leur pays d'origine où le reste du monde tentait de les aider.

Comme il n'y avait pas de maison dans le pays du rêve, beaucoup de ses habitants choisissaient de rentrer d'où ils étaient venus. Ils n'avaient pas vraiment le choix. Vivre en ce merveilleux pays coûtait très cher. Cela n'était pas agréable de rentrer à la maison, car ils sentaient bien qu'ils étaient devenus des étrangers. Le reste du monde ne les comprenait pas.


Le reste du monde

Dans le reste du monde, beaucoup de larmes étaient versées. Les parents ne savaient plus quoi faire pour aider leurs enfants. Des frères et des sœurs vivaient dans l'angoisse permanente. Des enfants attendaient leurs parents sans rien comprendre en tentant de survivre et de s'élever seuls. Des femmes vivaient dans l'angoisse et l'incapacité à payer les factures et l'épicerie. D'autres s'isolaient pour ne pas ébruiter la détresse dans laquelle ils évoluaient. Que de drames dans le reste du monde !

Le reste du monde avait les yeux cernés. Dormir si mal pendant si longtemps n'aidait pas. La peur que survienne un drame les tenait bien réveillés. Les soucis creusaient les rides des parents plus profondément. La culpabilité les rongeait de l'intérieur car cela demandait beaucoup de temps avant de comprendre que bien souvent ce n'était pas leur faute.

Le reste du monde devait lui aussi mentir pour protéger la personne aimé. Il racontait au patron de celui-ci combien il avait été malade. Il expliquait aux enfants que maman ne pouvait pas venir car elle était retenue pour une réunion. La maman devait expliquer aux enfants pourquoi ils n'auraient pas de cadeau à Noël et pourquoi papa ne serait pas là.

La confiance en la personne qui vivait dans le pays du rêve avait quitté leur cœur déchiré. La paix d'esprit les avait abandonnés. Le reste du monde cachait argent, bijoux et objets de valeurs au cas où... Le reste du monde souffrait de la disparition de cet être aimé, déménagé au pays du rêve.

Le reste du monde affichait un sourire pour tenter de vivre, pour ne pas sombrer. Par contre, l'amour ne les a jamais quittés. La confiance d'un retour de l'exilé continuait de les nourrir. Le reste du monde oubliait facilement les mensonges, les tromperies, les insultes, les coups, les nuits blanches etc. car l'espoir demeurait et veillait.

Le reste du monde attend toujours le retour des gens du pays du rêve.